vendredi 25 juillet 2014

ORCHESTRE DIJON BOURGOGNE : IMBROGLIO POLITICO-MUSICAL




Dans cette opération de destruction de l’Orchestre Dijon-Bourgogne, les musiciens et leurs dirigeants ne doivent pas se tromper de combat. Il ne leur sert à rien de dénigrer les représentations du Ring d’octobre dernier en reprenant un article malhonnête et tendancieux d’un pseudo-musicologue parisien. D’abord parce que ce serait nier la vérité musicale de ce Ring : un superbe orchestre et une direction absolument géniale de Daniel Kawka.

Tout est néanmoins parti de là, c’est certain. Le piège tendu par la municipalité à l’ODB était bien dans ce Ring : "Vous le faites et la saison sera finie pour vous, vous n’aurez pas un sou de plus". Refus de l’ODB et de ses dirigeants qui se retrouvent empêtrés dans leur propre contradiction. La Ville a payé cher pour que le Ring ait lieu quand même. Dont acte.

"Ambassadeur culturel" ?


L’autre aspect du malaise entre la Ville et l’ODB est de nature politique, voire politicienne. Fondé sur l’ancienne Camerata qu’avait fondée Thierry Caens quand il était encore pro-Bazin, l’ODB récupérait la plupart des musiciens de l’Opéra dont celui-ci voulait se débarrasser. Thierry Caens en fit les frais en se voyant éjecté de la structure. Devenu depuis lors pro-Rebsamen et nommé "ambassadeur culturel" de la Ville, il doit se sentir mal à l’aise devant ce qui arrive.

Affaire politicienne : la municipalité Rebsamen n’a jamais eu que de la méfiance vis-à-vis des dirigeants de l’ODB : les présidents successifs avaient un lourd passé d’opposants. Et son administrateur venait de servir la soupe d’un célèbre homme de droite chalonnais avant de retourner en apparence sa veste et venir quémander une bonne place à Dijon quand Chalon était revenue à ses amours socialistes anciennes. Tout cela faisait beaucoup aux yeux des élus dijonnais.

Pour faire plaisir au nouveau directeur de l’Auditorium redevenu Opéra de Dijon, on vira même sans ménagement aussi bien le choeur que le ballet du-dit Opéra. Il y eut bien un petit vent de révolte. Puis, comme toujours, on s’en accommoda, la vie reprit son cours, le conservatoire perdit de son influence puisque ses professeurs n’avaient presque plus de quoi exercer leur art et que leurs élèves n’avaient plus aucune perspective de vague emploi futur dans leur ville.

Par les Dijonnais 

Pour les Dijonnais


Le processus arrive à son terme : l’ODB n’aura duré que ce que durent les structures mal fagottées, l’espace d’une illusion. À quoi s’ajoute, pour cette formation, un manque de politique claire de sa diffusion musicale, de son espace de travail, de sa place dans la vie culturelle elle-même. La Région n’y vit pas de quoi dépenser plus pour la culture musicale, d’autant qu’elle réduisait sa voilure culturelle de plus de 10%. Et le Département regardait tout ça d’un oeil financièrement assez indifférent.

On en est là. Les musiciens de l’ODB n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Et le public ne veut pas se rendre compte du coup fatal porté à la culture dans la capitale des ducs. La pétition lancée par l’ODB pour que la Ville fasse machine arrière obtiendra-t-elle suffisamment de signatures ? On voudrait l’espérer, ne serait-ce que pour qu’un vrai débat ait lieu sur la place réelle que tient, depuis 1827 au moins, la musique symphonique et opératique jouée avec les Dijonnais et pour les Dijonnais dans la ville de Rameau.


Michel HUVET




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