jeudi 7 février 2019

GRAND DÉBAT À DIJON : LE RÉCHAUFFEMENT POLITIQUE !

Bien des participants sont restés debout (Photo MH)

Du glyphosate au ferroutage en passant par les industriels pollueurs et la taxe carbone, sans oublier les maladies respiratoires dues à la pollution, oui le grand débat, en débarquant à Dijon, a révélé bien des avis de la part des participants au Cellier de Clairvaux.

Organisé par les deux députés LREM de la Métropole (Didier Martin et Fadila Khattabi), ce premier grand débat dijonnais a été dirigé, noté, enregistré par trois commissaires enquêteurs assermentés qui ont dirigé les débats sur la transition écologique et la fiscalité. Deux jours plus tard, il devait s’agir de débattre de la démocratie et des services publics.

Rénover les barrages 

Gilets jaunes ou pas, fonctionnaires ou employés, enseignants ou commerçants, peu importe : les langues se sont déliées et les propositions n’ont pas manqué d’affluer. On eut pu craindre un déferlement de revendications (il y en eut, évidemment) mais  dans l’ensemble, et ainsi maîtrisé – à part une sévère empoignade sur le glyphosate –, le débat a paru comme intéressant et fructueux à la plupart des participants.

Les rapporteurs auront sans doute du mal à classer tous ces avis mais, pour l’essentiel, ils ont été variés et évidents. Il faut “investir massivement dans le solaire, économiser l’énergie et faire un grand emprunt pour la transition écologique” a souligné un fonctionnaire dijonnais. Et encore plus concrètement, les panneaux solaires ou les éoliennes ne suffiront pas à maîtriser et renouveler les énergies. Commençons donc par rénover les barrages français (dans un état “déplorable”) et les centrales comme Fessenheim, a insisté un gilet jaune par ailleurs étudiant en Histoire.

A l'arrêt, éteignez les moteurs ! 

Mais il y eut encore plus concrêt. D’abord “trouver de quoi doter chaque village d’une petite réserve d’eau et essayer de gérer un peu mieux nos forêts”. Un élue communiste bien connue à Dijon a suggéré, sous les applaudissements, que la politique des transports en commun soit plus ambitieuse, qu’on ne réforme pas la SNCF comme il est prévu, qu’on arrête les suppressions de lignes ou de gares, que les bus et les camions en transit et à l’arrêt cessent de laisser tourner leurs moteurs des heures durant, ne serait-ce que pour endiguer les maladies respiratoires dont sont surtout victimes les enfants (“6 morts par jour en Bourgogne Franche-Comté”).

Un débat pas follement gai, on en conviendra. On ajoutera aussi que le glyphosate est à arrêter tout de suite en “donnant les moyens aux producteurs locaux de faire du bio”, qu’il faut intensifier la règle du pollueur-payeur (“Nous, les petits, on n’est pas responsables des industriels pollueurs et donc ce n’est pas au particulier à payer ça”), contrer les lobbys  des transports routiers en développant massivement le ferroutage, développer la voiture hybride et … imposer des quotas sur les voyages en avion : “En quinze minutes, depuis chez moi près de Dijon, j’ai vu passer 53 avions” !

Allez, merci aux gilets jaunes : c’est grâce à eux quand même que ces choses simples ont pu être dites et seront donc remontées jusqu’aux oreilles de Jupiter.

Michel HUVET



dimanche 16 décembre 2018

BACH AU BOUT DE LA ROUTE DE MADISON

Gérald Cesbron, Clémentine Célarié et
Aurélien Recoing à l'heure des saluts (Photo MH)
Par ces temps de doute et de malaise, le théâtre et la musique seuls peuvent peut-être nous aider à survivre, à renaître, à se réconcilier avec nous-mêmes. J’en veux pour preuve deux soirées différentes que je viens de vivre, oui de vivre, et qui ont été autant de leçons de vie que de métaphysique.

Clémentine Célarié en Francesca

D’abord, à Châtillon-sur-Seine, dans ce théâtre unique en son genre que sa directrice programme avec tact et goût, où Clementine Célarié vient de passer une soirée à faire revivre cette Francesca pour qui la vie s’est arrêtée un beau jour d’été sur la route de Madison.  “Quatre jours qui valent quatre milliards d’années, le temps n’existe plus” dit cet amant d’un soir qu’elle n’oubliera jamais et qu’en toute sincérité, parce que seule est belle la vérité, elle confiera à la mémoire des survivants.

Clémentine Célarié et Aurélien Recoing sont plus que des amants de boulevard, tout comme le mari, Gérald Cesbron, a la sagesse des hommes simples pour qui la vie de fermier est un horizon supportable. Exceptionnellement authentiques et vrais, les comédiens donnent à cette allégorie existentielle une force incroyable que Dominique Guillo, metteur en scène, dompte et canalise dans un temps suspendu. C’est en chacun de nous que résonne ce drame d’amour et de mort, c’est le souffle coupé et l’âme remuée que chaque spectateur – salle archi-comble –  a quitté silencieusement ce soir-là le Théâtre Gaston-Bernard.

El grando Garcia Alarcon !

(Photo X)
Le lendemain soir, dans l’Audtorium de Dijon, une autre aventure spirituelle et existentielle attendait une autre salle comble. Bach, la Messe en si, la Capella Mediterranéo, les choeurs de Namur et le chef argentin Leonardo Garcia Alarcon. Et soudain, la foudre. Bach baroque et d’une modernité incroyable. Un testament musical et croyant défiant le temps – ça pourrait ne jamais s’arrêter – dans une mise en scène musico-scénique ou scéno-musicale qui bouscule les espaces sonores et soudain se justifie par la mise en valeur du récit christique, de l’amour proclamé et de la paix demandée in fine. Inouï de beauté et de vérité.

Les doctes distributeurs de subvention – qui ne vont quasiment jamais vivre ces moments-là, peuvent ils demain comprendre à quel point les Châtillonnais comme les Dijonnais ont besoin de ce surcroit de vie pour mieux vivre leur quotidien ?

Michel HUVET