samedi 18 mars 2023

THEATRE : COLETTE MISE EN ... AME


Colette sur la scène du TGB De Châtillon-sur-Seine (Photo TGB)


Que ne dit-on pas aujourd'hui, cent-cinquante ans après sa naissance, sur Colette, cette écrivaine géniale, cette femme engagée et libre, cette énigme littéraire de la première moitié du XXe siècle ?

Ce qu'on ne dit pas, et qui est l'essentiel, elle seule peut nous le dire, elle seule peut nous caresser de ses mots inouis : pour entendre seulement cette voix de l'âme, il convient d' assister au spectacle de la Structure Compagnie (basée tout près de Saint-Sauveur en Puisaye) intitulé Colette, de l'autre côté du miroir.

Alors non, effectivement, ce n'est pas Colette que joue si admirablement Valentine Regnaut, c'est son âme. Les mots de Colette réunis subtilement en tirades confidentielles par l'incontournable colettienne qu'est Samia Bordji, ces mots qui volent sur le ciel de nos musiques intérieures, qui nous font aller de l'aube claire de la naissance au soir lugubre des ombres enfuies, ces mots sont la musique d'une âme féminine directement branchée sur l'infini.


Pour qu'on ressente cela, Sylvie Pothier a réussi une mise en scène vertigineuse, non pas une mise en scène, mais une chorégraphie métaphysique, féminine dans tous ses entrechats, dans laquelle Valentine Regnaut se glisse en volutes évanescentes de son corps libéré. Emportés par cette gestuelle mythique dans ce cadre multiforme, nous avons le souffle coupé : quelle écriture que celle de Colette, quelle densité harmonieuse, quelle vérité révélée !

On sort enfin de la Colette « people » pour entrer dans sa vérité intime.On ne pouvait pas mieux lui rendre hommage qu'avec ce spectacle hors normes.

Michel HUVET






mercredi 30 novembre 2022

CHATILLON TGB : LA QUESTION JUIVE EN SCENE



Ils sont trois et tous les trois nous regardent. Ils sont nous. D'ailleurs, ils viennent sans vergogne au milieu de nous. Maud Narboni danse et attrape les mots avec une impudeur délicieuse tandis que Philippe Journo pousse à l'excès des insultes racistes qui bousculent les fors intérieurs. Et la frêle Emmanuelle Touly, sous les tremblements fluets des vidéos d'Elise Boual, déroule des syllogismes antisémites tout en laissant son alto chanter des complaintes yiddish ou des couplets mémorables. Et nous voilà face à nous-mêmes, face à ce que Sartre nous demande de définir : l'antisémite. En une heure, ce tourbillon philo-introspectif nettoie joliment deux millénaires salis par ce torrent de manie bouc-émissairique.

A mi-chemin entre le Living théâtre et Peter Brook, Danièle Israël et Pierre Humbert (1) proposent audacieusement de "cabaretiser" le texte pamphlétaire de Sartre sur la Question juive (1944). Il fallait oser théâtraliser ce texte très didactique pour aboutir à cette bouleversante introspection collective.. On rit, c'est vrai, parce que les bonnes blagues juives sont toujours très drôles et que Rabbi Jacob nous a appris à aimer la judéité malicieuse. Mais, au fond, la question reste posée : à chacun de nous de savoir pourquoi chaque époque a vu les hommes se servir de l'antisémitisme comme d'un prétexte pour ne pas se regarder en face.

Danièle Israël et Pierre Humbert ont trop d'expérience théâtrale pour s'égarer. Téméraire, leur pari semble gagné. Leur "spectacle" fonctionne bien et cela restera comme une lumière supplémentaire se reflétant sur le rideau de ce théâtre châtillonnais qui, décidément, éclabousse de ses créations l'univers dramatique.

Michel HUVET

(1) Théâtr'Âme, Troyes

Photo TGB






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samedi 8 janvier 2022

ELECTIONS 2022 : LES JEUX DU JE

                                                     (Photo Le Bien Public

 La covid ayant complètement dérangé les habitudes civilisationnelles, les fausses informations ayant créé une totale confusion entre vérité et erreur, les consciences s'étant refroidies au point de geler toute loyauté envers soi-même, de figer le remords dans le placard où il dort depuis déjà longtemps, de glacer à jamais les sentiments d'humanité simple et de respect de l'autre, nous voilà a quelques centaines de jours d'une élection présidentielle qui, elle aussi, a perdu tout crédit.

Aveugles sommes nous tous, désormais. Les candidats ne voient plus les dangers qui menacent le monde, et la démocratie. Ils rabâchent des sentences que l'on a désormais appris à comprendre qu'elles sont le produit de conseillers affadis par leur ignorance, ils se traînent d'estrade en marché avec des sourires glacés et des claques dans le dos hypocrites, ils sont navrants. Au miliieu d'eux a soudain surgi un trublion carrément nazi qui a mal lu Mein Kampf et traduit le mot juif par le mot arabe. Gare aux chemises brunes et autres nuits de cristal.

Inquiétudes et flottement

Tout ça pour voir s'agiter dans nos terroirs, enfin revalorisés par la crise sanitaire, ceux qui lorgnent sur les législatives de mai. Au fait, on n'entend plus parler de députés LREM de Côte-d'Or, ceux de Dijon I ou de Beaune, celle de la IV ayant déjà annoncé son retrait... Disparus. Triste paysage. A Dijon, on voit bien que, sans le dire, François Rebsamen soutient Macron discrètement (pas un ministre n'a raté Dijon depuis un an) et laisse Nathalie Koenders se préparer à devenir demain la première femme maire de la ville.

Autour de Dijon, c'est inquiétudes et flottements. A Chenôve, le maire est en retrait pour cause de mauvaise santé après des mois où il a subi des attaques de ses anciens amis. A Talant, le maire se sait illégitime bien que légal et cela entraîne des petits coups bas non innocents. A Beaune, tout le monde se cache derrière son petit doigt. Macron ou Pécresse ? Hmm ? Jadot ou Mélanchon, hmm ? Etc. Le Pen ou Adolf, hmm ?

On voit bien que le jeu est désormais faussé. Ils en ont trop profité.Ils ne veulent pas voir que les électeurs ont fini par le comprendre. A eux de ne pas tout mélanger et de penser, en votant demain, que la démocratie vaut mieux que ce « jeu des je ».

Michel HUVET





lundi 7 juin 2021

JACQUES CHEVIGNARD : L'EPREUVE DE L'EXTRÊME

Un livre paraît ces jours-ci qui va enfin réouvrir les consciences en ces temps où le passé fait figure d’inutile et le futur se dissout dans la brume du doute. Ce livre raconte l’histoire d’un homme qui a incarné à lui seul toute l’humanité, un homme qui a vécu l’enfer, mais vraiment l’enfer, et qui a su se redresser dans un monde qui lui était devenu étranger et dans lequel il a su redonner du sens, de l’espoir et de même de la joie.

Son fils Bernard, professeur émérite à l’Université de Bourgogne, président de la commission des arts à l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, a tenu à rendre, par ce livre, justice à son père. Laissons-le présenter lui-même son travail.


Jacques Chevignard

(1917-2006)


À l’épreuve de l’extrême :

de Dijon à Dachau

(1939-1945)



Né en 1917 dans un milieu imprégné de la spiritualité de sa tante Élisabeth de la Trinité (1880-1906), carmélite dijonnaise canonisée en 2016, Jacques Chevignard (1917-2006) eut une enfance et une jeunesse marquées par une succession de deuils et de revers de fortune.


Son parcours d’aspirant, souvent réduit par lui-même à son effroyable « épilogue », fut multiforme et atypique : il fit l’expérience des casernes et du front (1939-1940), affronta, en tant que prisonnier de guerre convoyé de Frontstalag en Oflag, puis délogé d’Oflag en Stalag et transféré de Stalag en « Aspilag », une fastidieuse traversée du désert de loin en loin piquetée de passagères oasis (1940-1944). Ensuite, au cœur même du IIIe Reich, « prisonnier transformé » dans les usines de Kassel, il renoua avec la vie civile, au service des Chantiers de jeunesse et des requis du S.T.O. ainsi que d’un réseau de résistance franco-allemand, mais sous un régime de semi-liberté de plus en plus funambulesque, à la merci des bombes alliées comme de la Gestapo et de ses suppôts collaborationnistes (1944-1945), pour être finalement précipité de cachots en oubliettes – prison (Kassel-Wehlheiden), camps de redressement et de concentration (Breitenau et Buchenwald), convoi d’extermination (janvier-avril 1945). Sauvé in extremis par l’arrivée des Américains à Dachau, il faillit succomber au typhus et connut une longue convalescence.


Son retour en France à la fin de juillet 1945, près d’un an après la libération de Paris, lui révéla une patrie méconnaissable dans laquelle il allait se sentir submergé par une amère conviction : « Tous les sacrifices auront été vains…, les tombes sont à peine fermées qu’on danse dessus... » Aussi chercha-t-il d’abord à s’enclore à l’abri des binarités réductrices d’une Victoire livrée sans vergogne à une écœurante foire d’empoigne. Mais, avec le temps, il sut reprendre le dessus et rebondir vers une destinée plus sereine, à la fois profondément bourguignonne et grande ouverte sur le monde.



Format de l’ouvrage : 16 x 24 x 3 cm, 682 pages (1 173 g)

155 illustrations, dont un cahier couleur de 8 pages


Parution : seconde quinzaine de mai 2021.

Tirage limité (300 ex.), édition à compte d’auteur


Prix et commande : 35 euros (port offert jusqu’au 31 août 2021) par chèque à l’ordre de Bernard Chevignard, Chemin des Vignes, 21690 Salmaise

Merci d’indiquer clairement l’adresse à laquelle vous désirez recevoir l’ouvrage.


Toutes affaires cessantes, lisons ce livre. Nous en sortirons meilleurs.


Michel HUVET


lundi 24 mai 2021

ELECTIONS DE JUIN 21 : BINOMES ET RANCOEURS

Avec la sortie du confinement reviennent nous harceler les politiciens et leurs élections diverses et variées dont ils n’usent que pour un objectif ; garder leur place au chaud, ou gagner une place au chaud. Le reste, le projet, tout le monde a compris que c’est de la fumée pour brouiller l’avenir. Ce n’est d’ailleurs pas entièrement de leur faute car personne n’est plus là pour incarner un véritable espoir, les crises succédant aux crises, les disparités salariales ne cessant d’augmenter, le carbone minimisant tout avenir et la Covid ayant noirci le ciel.

Alors on regarde se mettre en place des listes ou des “binômes” comme on dit maintenant et on n’a qu’une idée en tête : voter pour eux, pour n’importe lesquels, ne serait-ce que pour sauver la France d’un RN dont tant de gens ne veulent pas voir qu’avec lui renaîtraient les camps pour tous les immigrés, la police politique pour les critiques, et tôt au tard le parti unique et la misère sociale. La République mérite mieux.

Du coup, on voit se dessiner un paysage politique en reconstruction. On voit se flouter la frontière entre LR et les marcheurs, Didier Martin revenir à droite, Catherine Sadon se mettre en marche, Gilles Platret montrer des dents qui rayent le parquet et François Patriat se couler au fond d’une liste LREM faute sans doute de trouver suffisamment d’hommes pour compléter la liste.

Et puis, ici ou là, on voit sonner la symphonie des adieux, une génération en remplacer doucement une autre – au revoir Colette Popard, Michel Bachelard, Paul Robinat, entre autres – et quelques âpres rancoeurs municipales se dessiner ouvertement, comme à Talant où, du coup, Bernard Depierre revient en scène, comme à Chanôve où l’on profite des cantonales pour lever une opposition au maire et à son adjoint-candidat sur fond de quartiers difficiles.

Trop tôt pour faire des pronostics. Trop tard pour garder un peu d’espoir. Le bulletin de vote, qu’on le veuille ou pas, reste notre première arme républicaine. Ne l’oublions pas.

Michel HUVET





vendredi 12 mars 2021

CULTURE : PUISQU'ON VOUS DIT QUE C'EST LA FAUTE DE LA COVID !


 

Le malaise social, dit-on volontiers, est évidemment dû à la Covid. Cela est vrai avec cette nuance : si la culture, le spectacle vivant n'étaient pas stupidement interdits, ce malaise serait quasiment réduit à zéro. Parce que seraient ainsi écrasés les sentiments de solitude, d'enfermement, de non dialogue, de tournoiement en rond de la raison, de décomposition des croyances, de la disparition de l'intergénérationel.

Le Gouvernement, et certaines collectivités territoriales, avec les pseudo-énarques qui parfois les accompagnent et les encouragent, n'ont évidemment aucune visée culturelle, sont du coup un peu responsables de cet état de fait. Elus ou réélus il y a un an à peine, certains maires n'ont eu à s'occuper que de la crise de la Covid et ont remisé aux oubliettes ce qui cimente la vie de leur commune et les a faits ce qu'ils sont : les responsables de la vie tout court des habitants de leur cité, de leurs enfants, de leurs parents et grand-parents.

Les "cultureux" en ligne de mire

Certains d'entre eux renvoient dans les cordes  les "cultureux" en leur disant que le temps n'est plus au "divertissement", ce mot horrible qui définit leur inculture et donc leur mépris du livre, de la musique, du spectacle vivant. D'autres, plus avisés, en profitent néanmoins pour réduire les budgets (même en Bourgogne Franche-Comté), oubliant que leur territoire offre aussi ateliers, résidences et spectacles pour enfants des écoles, pour les maisons de retraite, les collèges, les lycées techniques et que l'Etat, les régions, l'Education nationale ou les départements les financent pour cela.

D'autres enfin, comme on vient de le voir près d'Agen, dans la Marne ou dans le Grand-Est sautent sur l'occasion pour fermer les établissements culturels ou licencier leur directeur histoire de régler des comptes politiques après avoir repris leur ville il y a un an à ceux qui les avaient nommés.

Et pendant ce temps-là les compagnies crèvent, les artisans du spectacle crient au secours, les spectateurs hurlent leur désarroi, les enfants s'abrutissent devant les bêtises télévisées ou leur smartphone.

Et on nous rabâchera après que tout cela c'est bien la faute de la Covid...

Michel HUVET




lundi 16 novembre 2020

LES TROP DISCRETS ADIEUX DU QUATUOR MANFRED


Annus terribilis que celle que nous vivons. Année horrible qui a tout fait basculer dans notre monde. Et dans ce tunnel du confinement, alors que chacun est privé des autres, que chacun ne peut plus partager avec les autres les visions d’étoiles que seul offrent le concert ou l’art vivant, voici que, pudiquement, le Quatuor Manfred nous annonce son retrait définitif.

Tremblement de la terre culturelle. Séisme fractal de belle ampleur, dans une sorte de silence effroyable dans lequel est plongé ce monde, et Dijon d’abord. Oui, Dijon où ce quatuor mondialement primé (prix mondial à Bannf au Canada, prix européen à Genève) avait réussi à se fixer grâce à Jean-Louis Gand, alors directeur du conservatoire de Dijon, qui avait offert aux quatre artistes un poste de professeur.

Jouant dans les plus grands festivals, les quatre Manfred – qui ont certes dû changer trois fois d’altiste – n’ont cessé d’aborder les plus variés des répertoires, inventant Musiques en Voûtes chaque mois de septembre dans les quatre départements de Bourgogne, donnant à Dijon des intégrales de Schubert ou Mozart, flirtant avec la musique de cabaret, de film ou de jazz, éblouissant les publics de leur virtuose sensibilité,…

Ceux qui vivaient mieux grâce à eux

Jamais on ne put un instant penser que tout cela s’arrêterait ainsi, au pire moment de la fringale musicale que chacun ressent en mélophile confiné. Marie Béreau, Luigi Vecchioni, Emmanuel Harratyk et Christian Wolff continueront certes d’enseigner et de former quelques successeurs mais cette page qui se tourne fait mal, très mal, à tous ceux qui – plus innombrables qu’on ne l’imagine – vivaient mieux grâce à eux.

Ils nous quittent par un communiqué d’une rare pudeur et d’une infinie délicatesse mais ils ne nous oteront pas de l’idée que le satanique covid a dû hâter leur décision, tant économiquement que musicalement.

Ils nous disent merci. ..

Mais ne devrions-nous pas nous mobiliser pour ne pas les laisser partir ainsi ?

Michel HUVET



mardi 8 septembre 2020

CHAMESSON : ENTREZ LIBRE !

Dernière oeuvre de Fabien Ansault
 "C’est un trou de verdure où chante une rivière / accrochant follement aux branches des haillons d’argent" … Et ce cadre rimbaldien à souhait se déniche dans le Châtillonnais près des carrières de Chamesson… Et le lieu répond au nom très improbable des Z’Uns Possibles… Et l’association de Fabien Ansault gère ici un musée, un cabinet de curiosités, un lieu d’expositions, une terrasse ombragée où se remettre de ses émotions.
L'entrée des Z'Uns possibles

Par les temps inédits qui courent, en croisant là des citadins en quête de campagne, outre le fait qu’on est ici au bord du parc national des Forêts de Champagne-Bourgogne, ce lieu surprend uniquement ceux qui ne savent encore pas de quelles richesses culturo-écolo-créatives dispose cette région-là. L’impossible lieu chamessonnais vous aidera a croire que le surréel existe bien, que l’art et notre condition mortelle sont notre pain quotidien.

 Des recoins faustiens 

 On est prévenu dès l’arrivée : non pas “Entrée libre”, car elle ne l’est qu’à condition d’être adhérent, mais “Entrez libre !”. Et donc, déjà débarrassé de bien des préjugés, on s’enfonce dans les recoins obscurs où nous attendent des peintures (de Fabien ou d’autres), des squelettes d’adolescente ou des dorsales de taureau, des têtes de mort qui pourraient être la nôtre dans quelque temps, des écrits morbides ou salutaires, des recoins faustiens qu’éclairent à peine, de leur éternité lumineuse, des bougies immortelles.

Photo de Jean-Louis Thenail
 M’asseyant l’autre jour sur une fauteuil rouge-sang entre deux citations latines et l’oeil noir jaillissant de l’orbite d’un crâne de bovin, tandis qu’un ours empaillé me toisait là-haut, je méditais sur ces récents tableaux de Fabien Absault où, comme toujours, les ombres des pierres ou les visages priants côtoient les ris de la mort et nous disent pourtant quelque chose hors temps.

Je contemplais aussi ces photos de Jean-Louis Thenail accrochées – le temps d’un été de Covid – ici où là sur la terrasse ou dans la pénombre du cabinet curieux, ces photos de bois défunt qui, tous, accrochent dans leur rigidité le mouvement d’un oiseau, d’un reptile ou d’un échassier, qui tous nous disent, au fond, que la vie renaît toujours.

Michel HUVET




lundi 10 août 2020

LE REEL EXISTE-T-IL ENCORE ?

Sommes-nous bien certains d'avoir vécu ce que nous avons vécu ? N'avons-nous pas rêvé cette épidémie et ce confinement, cette nature réveillée comme par le baiser d'un ange, ce ciel redevenu d'un bleu idéal, ces invasions de fleurs des champs et de papillons gris ? Dans ce monde soudain totalement irréel, les nouvelles paraissent toutes fausses, les complots envahissent les pensées, les peurs augmentent au fil des annonces mortifères et des folies sanglantes, les humoristes déconfinés ne font plus rire du tout, les politiques gesticulent comme des pantins désarticulés et nous nous réveillons quand nous croyions dormir.

Fatras macabre

Dans ce fatras macabre et sans espoir aucun, nous reste-t-il encore un peu de soif de conscience ? On voit les femmes disparaître sous les coups de ceux qui disaient les aimer, les ministres passer des jeux télévisés à des ministères aux noms surfaits, les travailleurs licenciés en masse ou seulement suspendre leur temps au crochet du chômage partiel, les commerçants masqués tenter de sourire à des clients dont les yeux seuls disent leur irréalité, des agriculteurs proposer leurs œufs ou leurs salades depuis leur ferme même, des enfants pleurer au rythme des balançoires dérisoires, des pompiers caillassés quand ils tentent d'éteindre l'enfer qui noie des êtres perdus, des voyous s'emplir les poches de couteaux aiguisés, des chiens sauver de malheureux blessés par des fous en délire.

Le réel existe-t-il encore ? Ai-je moi-même rêvé en apprenant que Robert Poujade était mort : lui , le ministre-maire d'un Dijon oublié qui sut, avant les écolos, soustraire Dijon aux autoroutes urbaines, doter la ville d'espaces verts en lieu et place des anarchiques constructions bétonnées, lui qui n'a eu que trois petites colonnes dans ce qui reste de la presse locale. Ai-je rêvé la mort de Jean-François Bazin, dont le caractère difficile ne saurait masquer le travailleur infatigable, l'amoureux fou d'une Bourgogne fière et belle, l'écrivain du terroir métaphysique, le politique qui conçut la Toison d'or et le centre Clemenceau, le président de conseil régional qui avoua « partir à Londres » quand il vit ses amis « rester à Vichy » en fricotant avec le FN d'alors …

Pour apothéose à ce délire qui nous a tous envahi, au moment où le spectacle vivant ne respire quasiment plus – laissant sans lien social ni partage culturel des générations qui en ont tant besoin –, on apprend la mort d'un de ceux qui contribuèrent tant au développement culturel en Bourgogne, je veux dire Gildas Le Boterf qui creusa avec l'ABC un sillon dont tout ce qui est aujourd'hui doit tant.

Suis-je bien certain que tout cela n'est pas un mauvais rêve ?

Michel HUVET






mercredi 3 juin 2020

MUNICIPALES : L'APPEL DU 28 JUIN


François Rebsamen (Photo X)
Si l’on met de côté la ville de Talant où l’élu final n’était pas la tête de liste, les mairies de Côte-d’Or qui n’avaient pas de second tour à attendre ont dans l’ensemble connu des résultats conformes aux prévisions. Autant dire que le coronavirus, après avoir tout démantibulé en deux mois, n’a pas empêché le “monde d’avant” de revenir sans masques !

On se pavane partout d’autosatisfaction en bombages de torse, et même si l’on n’était pas candidat, on se gargarise d’avoir su trouver des masques pour tout le bon peuple … sauf à Vitteaux où le maire réélu a écrit à chacun pour dire que les masques allaient arriver, qu’on ne s’inquiète pas ! On se doit donc d’attendre, toujours attendre, pour connaître les résultats du second tour. Parce que là, attention, le confinement a fait ses effets et l’on a eu le temps de réfléchir aux alliances possibles, discutables, envisageables.

Stéphanie Modde, candidate EELV (Photo X)
À Dijon, puisque tous les yeux sont tournés là, François Rebsamen se démène pour cacher son embarras à voir ses “amis” écologistes – qui lui étaient fidèles depuis 2001 et qui en ont bien profité – lui refuser leur soutien, au moins jusqu’après le second tour… Il fut d’ailleurs assez amusant, lors du récent conseil municipal d’après confinement, de voir une élue verte s’opposer au maire alors qu’elle est encore son adjointe. En tout cas, la marge du ministre-maire sortant, qui depuis 2001 était suffisamment large pour qu’il ne se fasse pas de souci,  s’est sérieusement réduite.
Emmanuel Bichot, candidait de la droite (Photo X)

Cette fois, la donne a donc changé, comme à Lille d’ailleurs : la pandémie a rendu aux Verts la légitimité et le soutien qui leur manquaient. Du coup, on fait la liste tous seuls, comme des grands, et on verra bien. Et celui qui se frotte les mains de cette troisième liste, c’est bien le candidat de la droite, Emmanuel Bichot – rusé et fin analyste – qui y va de larges sourires aux écologistes et leur propose presque un avenir glorieux avec lui !



L’appel du 28 juin sera-t-il entendu ?

Michel HUVET







samedi 21 mars 2020

COMME DES PETITES FLAMMES AU-DESSUS DES BOUGIES


En nous obligeant à confiner nos corps mortels, le coronavirus ne nous contraint-il pas aussi, et heureusement, à déconfiner nos esprits, nos âmes, nos consciences ? On voudrait l’espérer tant nos vies sont devenues la proie de systèmes qui nous broient, nous asphyxient, nous rendent inconscients de nous-mêmes.

Jamais nous n’avions eu à vivre pareille remise en cause de tout ce qui nous fait. Jamais nous n’avions eu une aussi vraie occasion de nous rappeler la vanité de nos chemins de vie, et la précarité de nos existences – comme des petites flammes au-dessus des bougies et qu’un simple souffle peut éteindre –.

Du coup, face au vide, face au non-avenir ou à l’inconnu d’un hypothétique demain, on se retrouve la concience à nu, comme dans le cabinet des curiosités de Chamesson où la bougie n’éclaire qu’un crâne vide. Le choc nous a fracassé l’âme. Pascal avait raison et le divertissement de nos toutes récentes activités paraît soudain aussi vain que le rocher de Sysiphe.

Symbolique du choc 

Symbolique du choc. A portée de main, opportunément, voici le dernier et auto-édité petit livre de Jean Libis, Les Chemins du vent, qui tombe à pic pour ce retournement de la conscience après le traumatisme inopiné et évidemment inattendu. Lui, le philosophe, il a chuté subitement lors de la visite d’une exposition parisienne. Et depuis, le vent de la réflexion le ramène au passé, à l’enfance, du côté de Cirey-les-Nolay.

Tandis qu’on entend d’un bout à l’autre résonner la musique schubertienne de La Jeune fille et la mort, tous les sentiers, tous les chemins d’hier se revisitent aujourd’hui et dans le murmure des feuilles ou les chants d’oiseaux, les sourires des jeunes filles d’hier, on marche aujourd’hui “dans un silence de cendres et d’herbes molles”. Jean Libis nous laisse entendre qu’”en croyant qu’on va vers la fin de la vie on ne fait que retourner vers un commencement”.

Michel HUVET



mardi 28 janvier 2020

DES ELECTIONS DANS UN DROLE D'ETAT


Après une folle année de jaunisse et d'invectives diverses et variées, voici revenu le temps des urnes et d'un peu de démocratie. Le pays est effectivement dans un drôle d'état et bien des maires ne cachent pas leur ras-le-bol. Pas les maires des grandes villes qui ont des milliers de serviteurs, mais les maires de petites cités rurales où ils sont à la fois assistants sociaux, administrateurs obéissants, dépanneurs ou facteurs quand ce n'est pas infirmiers ou pompiers.

A l'aune de ces réalités que peut le vote de mars, au moins en Côte-d'Or ? A y bien regarder, les élus en place n'ont pas trop de souci à se faire s'ils se représentent, bien sûr. Car nombreux sont ceux qui estiment avoir bien mérité une retraite, à points ou pas, comme sont nombreux ceux qui ne voient plus l'intérêt de défendre des villages que les communautés de communes ont privé de toute possibilité d'initiative en termes d'eau, d'assainissement ou d'urbanisme. La politique politicienne n'a rien avoir dans ces territoires.

De Dijon à Chevigny via Talant

Ou a-t-elle dont encore à voir ? Exemples parmi d'autres : à Chevigny-Saint-Sauveur où la gauche voudrait bien retrouver un semblant de crédit, ne serait-ce que pour faire arriver le tram métropolitain jusqu'à elle. Dénia Hazhaz mène tambour battant une opération séduction qui pourrait bien finir par payer ; à Talant où là aussi la gauche (Stephan Woynarowski) veut profiter du retrait de Gilbert Menut pour reprendre en main l'une des toutes premières villes du département. Et à Dijon ? Eh ! Bien là, c'est tactique sur tactique. Rebsamen y retourne tout en voyant ses alliés de toujours (Verts, communistes surtout) faire bande part (jusqu'au second tour?) tandis que la droite a fini par se rallier à Emmanuel Bichot mais sans empêcher des ecolos ou des marcheurs venir se ranger sous leur propre bannière.
Et nos députés ou sénateurs, quel rôle leur reste-t-il à jouer dans ce contexte ? Petit, tout petit rôle, la loi qui les a privés de vrai territoire les laissant dans l'ombre la plus noire d'un vraiment drôle d'Etat.



Michel HUVET






mercredi 1 janvier 2020

AU BOUT DU CHEMIN


Reclus de fatigue
Au bout des semaines de marche
Désencombré de moi
Et des colifichets de mes désirs
Assis au bord du fleuve
Je me suis mis à chanter

Mais qui es-tu donc
Toi qui es debout là-bas
Dans l’ombre de saint Jacques
Debout et tout aussi fourbu
Avec tes vêtements de pauvre
Et tes airs de mendiant ?





Pourquoi cette lumière
Autour de ta faiblesse insigne
Pourquoi cette paix soudain
Tout au fond de mon âme
Et cette joie dans l’envie
De courir attraper ta main ?

Voyageur enfin débarrassé
De tout bagage et de toute ambition
Lavé par ton regard
Je ne vois plus d’autre raison de vivre
Que de t’ouvrir à deux battants
Les portes de ma maison

Assis au bord du fleuve
Je me suis mis à chanter
Désencombré de moi
Et des colifichets de mes soupirs
Au bout de tant de chemins creux
Je t’ai enfin trouvé

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Michel Huvet, in Stances pour Compostelle
2009


jeudi 7 novembre 2019

ARNAUD VIARD ... VOUS ATTEND AU CINÉMA

Retour au pays pour un futur grand du cinéma français : Arnaud Viard a mesuré l’autre soir au Darcy dijonnais l’ampleur des relations qu’il a gardées avec sa ville natale et avec tous ceux qui ont connu son grand chirurgien de père. C’est en effet dans le cadre des Rencontres Cinématographiques dijonnaises qu’il est venu présenter, en avant-première, son troisième film Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part.

Du vrai cinéma d’auteur ! Arnaud Viard nous emmène à mi-chemin entre la tragédie grecque et l’autobiographie contemporaine avec ce film captivant qui, – tiré d’un recueil de nouvelles d’Anna Gavalda dont il ne reste que les quelques personnages dénichés par le réalisateur et scénariste–, nous embarque dans une atmosphère familiale aussi étouffante que banale. Une fratrie de quatre personnes, dont l’aîné (Jean-Paul Rouve) est patriarcal, le puiné écrasé par le doute de soi, la soeur enseignante et secrètement écrivaine, et la benjamine photographe en rupture de chiffre d’affaires.

Tourné à Dijon et Fixin

Le suicide de l’aîné va évidemment faire exploser cette cellule fraternelle et c’est la magie d’Arnaud Viard de nous en révéler les fissures, les contradictions, les métaphysiques errances. Tout cela par un art cinématographique impressionnant : des gros plans qui disent “je”, des atmosphères pluvieuses, une présence suggérée du monde alentour, des non-dits que la musique de Clément Ducol fait résonner subtilement, et des acteurs tous aussi justes les uns que les autres, tels Benjamin Lavernhe (Comédie-Française), Alice Taglioni ou Elsa Zylberstein qui encadrent Jean-Paul Rouve à la perfection.

Une fois embarqué dans ce drame, on est captivé, surpris, bouche-bée. Et l’émotion nous étreint sans qu’on veuille l’admettre. Bien sûr, on est à Dijon ou à Fixin et on sait que le réalisateur y a des attaches qui sont comme des madeleines proustiennes. Alors, oui, il y a des scènes médicales, hospitalières, qui fleurent bon les souvenirs mais ce côté autobiographique enrichit le propos du film et renforce encore l’émotion qui s’en dégage. On n’oubliera pas cette scène de “libération” de la soeur ainée, qui s’ouvre à sa vérité en s’en allant danser sous la pluie dans un coin de la cour du lycée Carnot...

Michel HUVET


mardi 8 octobre 2019

L'INCROYABLE OPUS 102 DE CYRIL HUVÉ

Les Côte-d’Oriens, qui ne l’avaient pas oublié, ont retrouvé la semaine dernière Cyril Huvé, un pianiste hors du commun, hors normes, invité par Musique au Chambertin du côté de Gevrey. Retrouvailles, car le pianiste a sévi un temps au CNR de Dijon, a surtout lancé avec succès les fameuses Rencontres musicales d’Arc-et-Senans : cet élève de Claudio Arrau s’est ensuite affûté en enseignant au CNSM de Paris et enchanté l’Europe de ses récitals où Chopin et Debussy côtoient Satie ou Liszt.

Le piano de Stephen Paulello

Cyril Huvé vient de sortir un nouveau disque et c’est un événement. Car voici un récital sur un piano comme on n’en encore jamais connu, un piano à 102 notes conçu par Stephen Paulello qui a travaillé vingt ans pour réaliser ce piano auquel il faudrait trouver un autre nom, un piano qui n’a plus rien à voir avec ce qu’on connaît du piano ! “Plus rien n’est fait comme chez Steinway” dit-il volontiers, lui qui a longtemps conseillé la grande marque et fabriqué des cordes pour Yamaha.

Cent deux notes sur des cordes parallèles dotées d’un agrafe qui transmet la vibration de la corde à la table d’harmonie sans appuyer dessus ! Alors là, le toucher magique de Cyril Huvé fait évidemment merveille et l’émotion offerte sous les Brouillards debussystes ou la poésie nocturne de Scriabine est d’une intensité bouleversante. 

Modernité inattendue

Même la Sonate en si mineur de Liszt, monument métaphysique, trouve ici une actualité étonnante, disant tout des doutes du monde actuel. Cela va jusqu’à la Cathédrale engloutie qui nous laisse penser, sous les doigts magiques de Cyril Huvé, que Debussy a vécu le récent incendie de Notre-Dame de Paris.

Epoustouflant. On n’a qu’une envie, celle de se rendre dans la Grange aux pianos, à Chassignolles près de Nohant, où Cyril et Céline présentent leurs 24 pianos lors de récitals qu’y donnent les plus grands pianistes contemporains. Et comme Chopin n’est pas loin, on rêve, on ne respire plus que la beauté.

Michel HUVET



jeudi 19 septembre 2019

ENTRE SEINE ET BREVON : SOIF ...

Reflets de vitrail dans l'un des 14 tableaux 
 Tandis que le soleil jouait à cache-cache entre les branches des verts feuillus de la colline, tandis qu’assis dans l’herbe folle chacun songeait à la survie de la cigogne noire, voici que, dans le pré sauvage, des danseuses chamanesques se mirent à griffer le ciel de leurs longues lances bigarrées. Le temps se contractait soudain sous les élans ralentis des jeunes femmes silencieuses qui ceinturaient le pré de leurs comètes ongulées et la seule musique des clapotis du Brevon tout proche ramenaient un peu de présent dans ce pré que dominait le pont de Beaulieu…

Oui, la vallée de la Chouette était, en ce samedi de septembre, le centre du monde. Ce coin perdu de haute Côte-d’Or ne l’était pas tant que ça. Les initiatives intrépides de ses habitants pleins de rêves et d’ardeur créatrice se bousculaient et se révélaient en ce jour de fête arborée et les danseuses de la compagnie Les Décisifs étaient venues dire haut et fort que rien n’était perdu et que tout était à venir, à commencer par un tourisme culturel et écologique qui attirait déjà nombre d’étrangers entre Seine et Brevon.

Dans l'église de Beaulieu...

Et puis l’on se mit en quête de gravir les marches qui conduisent au Ciel, ou plutôt à l’église Saint-Georges de Beaulieu où deux mille ans d’histoire chrétienne disparaissent pour que, là, ce soit un Jésus d’aujourd’hui, un frère, un ami, qui nous fasse partager ses peines et ses souffrances dans ce monde : le Chemin de Croix de Linet Andréa nous tend en effet un miroir de fraternité. Dans les vieux cadres d’époque lointaine, les 14 stations de la Via Crucis vous saisissent et vous interpellent de manière à en avoir le souffle coupé.
 
Cet homme, ce frère, ce voisin ne nous regarde pas. Sa croix est une ombre. Il est vivant, il souffre, il est étonné. Le teint pâle du fond de tableau transforme chaque station en miroir et c’est nous que l’on voit, chacun de nous à terre, épuisé, étonné, las, c’est nous à qui Véronique tend un linge pour éponger notre sueur, c’est notre mort qui s’avance à pas comptés et ce Jésus-là nous dit le tout de l’humanité en quatorze chapitres. 

Et le plus fantastique, le plus incroyable, c’est que ce qu’il nous dit par Linet Andréa interposée, c’est exactement ce qu’il nous dit par la plume d’Amélie Nothomb dans Soif, le livre le plus étonnant de cette rentrée littéraire.



Michel HUVET



mardi 3 septembre 2019

CÔTE-D'OR MUNICIPALES : LES MAIRES AUX AGUETS

Fabuleux ballet de promesses, de travaux terminés à la hâte pour faire bonne figure, arrêtés antipollution, plantation d’arbres, que sais-je, les maires sortants font feu de tout bois pour garder leur place lors des prochaines échéances municipales ! Ils savent en plus que l’opinion leur est favorable et qu’ils ont échappé pour la plupart à la vindicte des gillets jaunes, obsédés par le jeune homme élyséen et embourbés dans des revendications qui, sitôt satisfaites ou promises, ne leur donnent que plus d’élan.

La situation en Côte-d’Or, n’est pourtant pas si simple que ça. Il y a bien des élus qui ont l’âge de se retirer et qui veulent éviter le “mandat de trop” à l’instar de Gilbert Menut, à Talant, qui s’est trouvé étouffé par une jeune liste de son propre camp menée par Fabien Ruinet et qu’il lui a bien fallu faire rentrer dans le rang avant que de comprendre qu’il lui faudrait quand meme se retirer et laisser la place à Adrien Guené. Talant veut rester à droite, non mais !

Réélection : ça rassure


Dans les campagnes, on se dit qu’un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Et donc on mise sur la sécurité de la réélection du maire qu’on connaît bien… Ce devrait être le cas dans beaucoup de petites villes. Â Montbard où Laurence Porte (conseillère départementale) a usé d’autant de charme que de volonté pour imposer un renouveau qui ne demande qu’à se poursuivre et où l’opposition – plutôt mélanchoniste – se remet mal d’un passé difficile. Ä Semur-en-Auxois où Catherine Sadon a imposé une gestion subtile et sage et où l’opposition de Michel Neugnot n’a pas encore fait oublier le passé. Â Châtillon-sur-Seine où l’opposition n’a plus de réprésentants, sinon dans les conversations feutrées, et où le maire sortant ne voit que lui pour lui succéder !

Plus délicates s’annoncent les élections dans d’autres villes ou villages : la stupide coupure des élus nationaux et de leur territoire – qui peut citer aujourd’hui les cinq noms des députés côte-d’oriens ? – et la non moins stupide loi “NotrE” qui a créé des communautés de communes où certaines de ces communes, justement, se retrouvent bien dépourvues, tout cela a créé dissentions, malaises et parfois rugissements. On va donc s’étriper entre vélléitaires LREM et tenants des partis traditionnels et on va redouter les afficionnados du RN qui n’ont renoncé à aucun de leurs raisonnements populistes.

Dijon : dix-neuf ans après...

Alors on voit bouger un peu les lignes à Chevigny-Saint-Sauveur, à Plombières ou à Marsannay-la-Côte – dans ces villes on s’étripe allègrement dans les conseils municpaux – voire à Beaune où, quand même, l’ancien député et toujours maire est “un peu affaibli”, disent certains à haute voix ! Et même à Vitteaux, si, si, où la majorité s’est un peu décomposée et où LREM a de quoi faire du bruit pour qu’on oublie que le gendre de l’ancien député-maire a des velleités, lui aussi.

Quant à Dijon, alors là, à part le départ annoncé de Georges Maglica, on s’apprête à reprendre les mêmes et recommencer avec entrain puisque François Rebsamen irait bien mieux et que Nathalie Koenders n’aurait pas forcément tout le soutien des partis qui soutiennent le premier. En face, Emmanuel Bichot est en train de composer une liste de l’union des droites qui aura de l‘allure, mais Dieu que ce sera difficile de revenir au pouvoir perdu il y a dix-neuf ans…

Michel HUVET




vendredi 22 mars 2019

"LÉZARDS VIVANTS" : OUI VRAIMENT ... LES ARTS VIVANTS !


 Un spectacle fou, fou, fou. C’est cela le théâtre, porteur de tous les arts et de tous les rêves, pourfendeur du temps et de l’espace, dont il ne reste, à la sortie, que l’envie de réaliser l’imaginaire vécu. Les deux compagnies bourguignonnes de Théâtre en Seine et de L’Oreille interne se sont unies pour ces Vivants lézards que les Châtillonnais ont eu le bonheur de voir ramper au beau milieu de la salle Kiki de Montparnasse avec le soutien du Théâtre Gaston-Bernard et de sa directrice.

Une heure trente durent, dans un caravansérail de costumes, de papiers, de masques, de boites de conserve vides, l’histoire de l’Homme (et des arts … premiers) est contée en onze tableaux dont nous devrons être, nous, parvenus au bord de l’abîme climatique, les auteurs du douzième. Sophie Renauld, à l’imaginaire débridé par des connaissances universelles, s’en donne vraiment à coeur joie dans cette évocation cabaretesque des rapports entre l’Histoire, l’Art, la Femme et le Temps.

Sur la mer de l'hier et de l'avant-hier 

Photo TGB
Avec elle, Eric Ferrand fait vibrer sur ses instruments inavouables la corde sensible de toute âme humaine, des quintes égyptiennes aux rocks hallidayens. Nicolas Hanny débusque dans tous les greniers de l’histoire les objets les plus insolites qui vont évoquer les marques artistiques de tous les temps (sculpture, projection lumineuse, peinture, mots) et Hélène Poulain regle sur scène toute la magie régisseuse de tout spectacle !

On est totalement embarqué sur ce navire d’aujourd’hui navigant comme il peut sur la mer démontée de l’hier comme de l’avant-hier, et nous devenons des enfants à l’imaginaire déclenché par un masque de loup ou une robe de Cour. On est au bord du pastiche, on sourit en retrouvant une Isis momifiée de rubans, la mandorle médiévale où Marie essoufflée tente de soutenir le corps de Jésus , la tirade alexandrine de Bérénice traitée ici au troisième degré de la diction, le silence assourdissant d’une présence beckettienne sur la scène, j’en passe et de bien meilleures oeuvres pour faire regretter de n’avoir pas assisté à ce spectacle à ceux qui n’ont pas osé.

Ces Vivants lézards, en tout cas, démontrent joyeusement combien sont vivants les arts.

Michel HUVET



jeudi 7 février 2019

GRAND DÉBAT À DIJON : LE RÉCHAUFFEMENT POLITIQUE !

Bien des participants sont restés debout (Photo MH)

Du glyphosate au ferroutage en passant par les industriels pollueurs et la taxe carbone, sans oublier les maladies respiratoires dues à la pollution, oui le grand débat, en débarquant à Dijon, a révélé bien des avis de la part des participants au Cellier de Clairvaux.

Organisé par les deux députés LREM de la Métropole (Didier Martin et Fadila Khattabi), ce premier grand débat dijonnais a été dirigé, noté, enregistré par trois commissaires enquêteurs assermentés qui ont dirigé les débats sur la transition écologique et la fiscalité. Deux jours plus tard, il devait s’agir de débattre de la démocratie et des services publics.

Rénover les barrages 

Gilets jaunes ou pas, fonctionnaires ou employés, enseignants ou commerçants, peu importe : les langues se sont déliées et les propositions n’ont pas manqué d’affluer. On eut pu craindre un déferlement de revendications (il y en eut, évidemment) mais  dans l’ensemble, et ainsi maîtrisé – à part une sévère empoignade sur le glyphosate –, le débat a paru comme intéressant et fructueux à la plupart des participants.

Les rapporteurs auront sans doute du mal à classer tous ces avis mais, pour l’essentiel, ils ont été variés et évidents. Il faut “investir massivement dans le solaire, économiser l’énergie et faire un grand emprunt pour la transition écologique” a souligné un fonctionnaire dijonnais. Et encore plus concrètement, les panneaux solaires ou les éoliennes ne suffiront pas à maîtriser et renouveler les énergies. Commençons donc par rénover les barrages français (dans un état “déplorable”) et les centrales comme Fessenheim, a insisté un gilet jaune par ailleurs étudiant en Histoire.

A l'arrêt, éteignez les moteurs ! 

Mais il y eut encore plus concrêt. D’abord “trouver de quoi doter chaque village d’une petite réserve d’eau et essayer de gérer un peu mieux nos forêts”. Un élue communiste bien connue à Dijon a suggéré, sous les applaudissements, que la politique des transports en commun soit plus ambitieuse, qu’on ne réforme pas la SNCF comme il est prévu, qu’on arrête les suppressions de lignes ou de gares, que les bus et les camions en transit et à l’arrêt cessent de laisser tourner leurs moteurs des heures durant, ne serait-ce que pour endiguer les maladies respiratoires dont sont surtout victimes les enfants (“6 morts par jour en Bourgogne Franche-Comté”).

Un débat pas follement gai, on en conviendra. On ajoutera aussi que le glyphosate est à arrêter tout de suite en “donnant les moyens aux producteurs locaux de faire du bio”, qu’il faut intensifier la règle du pollueur-payeur (“Nous, les petits, on n’est pas responsables des industriels pollueurs et donc ce n’est pas au particulier à payer ça”), contrer les lobbys  des transports routiers en développant massivement le ferroutage, développer la voiture hybride et … imposer des quotas sur les voyages en avion : “En quinze minutes, depuis chez moi près de Dijon, j’ai vu passer 53 avions” !

Allez, merci aux gilets jaunes : c’est grâce à eux quand même que ces choses simples ont pu être dites et seront donc remontées jusqu’aux oreilles de Jupiter.

Michel HUVET



dimanche 16 décembre 2018

BACH AU BOUT DE LA ROUTE DE MADISON

Gérald Cesbron, Clémentine Célarié et
Aurélien Recoing à l'heure des saluts (Photo MH)
Par ces temps de doute et de malaise, le théâtre et la musique seuls peuvent peut-être nous aider à survivre, à renaître, à se réconcilier avec nous-mêmes. J’en veux pour preuve deux soirées différentes que je viens de vivre, oui de vivre, et qui ont été autant de leçons de vie que de métaphysique.

Clémentine Célarié en Francesca

D’abord, à Châtillon-sur-Seine, dans ce théâtre unique en son genre que sa directrice programme avec tact et goût, où Clementine Célarié vient de passer une soirée à faire revivre cette Francesca pour qui la vie s’est arrêtée un beau jour d’été sur la route de Madison.  “Quatre jours qui valent quatre milliards d’années, le temps n’existe plus” dit cet amant d’un soir qu’elle n’oubliera jamais et qu’en toute sincérité, parce que seule est belle la vérité, elle confiera à la mémoire des survivants.

Clémentine Célarié et Aurélien Recoing sont plus que des amants de boulevard, tout comme le mari, Gérald Cesbron, a la sagesse des hommes simples pour qui la vie de fermier est un horizon supportable. Exceptionnellement authentiques et vrais, les comédiens donnent à cette allégorie existentielle une force incroyable que Dominique Guillo, metteur en scène, dompte et canalise dans un temps suspendu. C’est en chacun de nous que résonne ce drame d’amour et de mort, c’est le souffle coupé et l’âme remuée que chaque spectateur – salle archi-comble –  a quitté silencieusement ce soir-là le Théâtre Gaston-Bernard.

El grando Garcia Alarcon !

(Photo X)
Le lendemain soir, dans l’Audtorium de Dijon, une autre aventure spirituelle et existentielle attendait une autre salle comble. Bach, la Messe en si, la Capella Mediterranéo, les choeurs de Namur et le chef argentin Leonardo Garcia Alarcon. Et soudain, la foudre. Bach baroque et d’une modernité incroyable. Un testament musical et croyant défiant le temps – ça pourrait ne jamais s’arrêter – dans une mise en scène musico-scénique ou scéno-musicale qui bouscule les espaces sonores et soudain se justifie par la mise en valeur du récit christique, de l’amour proclamé et de la paix demandée in fine. Inouï de beauté et de vérité.

Les doctes distributeurs de subvention – qui ne vont quasiment jamais vivre ces moments-là, peuvent ils demain comprendre à quel point les Châtillonnais comme les Dijonnais ont besoin de ce surcroit de vie pour mieux vivre leur quotidien ?

Michel HUVET