mardi 10 mai 2011

MITTERRAND : SANS OUBLIER LA FAMILLE GOUZE




Mitterrand au pouvoir : un tremblement de terre. Quelques jours avant le 10 mai, dans les cafés de la place Colette à Paris, j’entendais téléphoner des hommes d’affaires qui sentaient venir la "catastrophe" et combien il fallait "prendre des dispositions au cas où". Climat de peur à droite. Au lendemain du 10 mai, d’ailleurs, on fut fouillé dans les trains, des capitaux pouvant avoir trouvé refuge dans nos valises et fuir un pays "aux mains des communistes", disait-on.

La preuve. Débarquant dans ces jours-là à Mayence en RFA, la ville jumelle de Dijon, je fus littéralement happé  par des amis qui me traînèrent dans les studios de la Sudwestfunk pour être l’invité exceptionnel de l’émission européenne Vierländereck : on me bombarda de questions sur l’état de la France au lendemain du 10 mai, sur les communistes au pouvoir – il faut dire qu’en RFA les communistes étaient interdits d’emplois publics –, sur la vie quotidienne dans mon pays après l’avènement de l’union de la gauche !



Panique aussi dans les journaux de droite comme l’était alors le Bien Public. Un collègue et moi, dans ce journal, avions simplement placé, le 11 mai au matin, une rose dans un petit vase sur chacun de nos bureaux mitoyens. Convocation immédiate à la direction nous demandant, sous peine de sanction, de retirer ces horribles symboles qui déshonoraient le vice-doyen de la presse française.

Enfin, il me semble utile de rappeler que c’est à la famille Gouze, bourguignonne, que François Mitterrand dût de passer de la droite à la gauche, de Vichy à Londres si l’on peut dire. Par son mariage avec Danielle Gouze, le futur président de la République découvrit l’engagement résistant au sein de cette famille de tradition radicale et laïque. Danielle Mitterrand, qui vouait un culte à son frère aîné Roger Gouze – qui devint directeur de l’Alliance française, écrivain et mémorialiste –, entraîna ainsi son mari dans la mouvance de cette gauche dont il allait faire son miel et l’associa à ce qui est toujours une tradition familiale à Cluny : la montée de la roche de Solutré chaque lundi de Pentecôte.

Dernier souvenir. François Mitterrand, trois mois avant sa mort, roi déchu et bien malade, s’en vint incognito visiter le musée des beaux-arts de Dijon. Quelles oeuvres voulait-il contempler une dernière fois ? À quels souvenirs était-il attaché dans cette ville qu’il aima beaucoup ?

Ce restera son secret.

Michel HUVET


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