vendredi 12 mars 2021

CULTURE : PUISQU'ON VOUS DIT QUE C'EST LA FAUTE DE LA COVID !


 

Le malaise social, dit-on volontiers, est évidemment dû à la Covid. Cela est vrai avec cette nuance : si la culture, le spectacle vivant n'étaient pas stupidement interdits, ce malaise serait quasiment réduit à zéro. Parce que seraient ainsi écrasés les sentiments de solitude, d'enfermement, de non dialogue, de tournoiement en rond de la raison, de décomposition des croyances, de la disparition de l'intergénérationel.

Le Gouvernement, et certaines collectivités territoriales, avec les pseudo-énarques qui parfois les accompagnent et les encouragent, n'ont évidemment aucune visée culturelle, sont du coup un peu responsables de cet état de fait. Elus ou réélus il y a un an à peine, certains maires n'ont eu à s'occuper que de la crise de la Covid et ont remisé aux oubliettes ce qui cimente la vie de leur commune et les a faits ce qu'ils sont : les responsables de la vie tout court des habitants de leur cité, de leurs enfants, de leurs parents et grand-parents.

Les "cultureux" en ligne de mire

Certains d'entre eux renvoient dans les cordes  les "cultureux" en leur disant que le temps n'est plus au "divertissement", ce mot horrible qui définit leur inculture et donc leur mépris du livre, de la musique, du spectacle vivant. D'autres, plus avisés, en profitent néanmoins pour réduire les budgets (même en Bourgogne Franche-Comté), oubliant que leur territoire offre aussi ateliers, résidences et spectacles pour enfants des écoles, pour les maisons de retraite, les collèges, les lycées techniques et que l'Etat, les régions, l'Education nationale ou les départements les financent pour cela.

D'autres enfin, comme on vient de le voir près d'Agen, dans la Marne ou dans le Grand-Est sautent sur l'occasion pour fermer les établissements culturels ou licencier leur directeur histoire de régler des comptes politiques après avoir repris leur ville il y a un an à ceux qui les avaient nommés.

Et pendant ce temps-là les compagnies crèvent, les artisans du spectacle crient au secours, les spectateurs hurlent leur désarroi, les enfants s'abrutissent devant les bêtises télévisées ou leur smartphone.

Et on nous rabâchera après que tout cela c'est bien la faute de la Covid...

Michel HUVET




lundi 16 novembre 2020

LES TROP DISCRETS ADIEUX DU QUATUOR MANFRED


Annus terribilis que celle que nous vivons. Année horrible qui a tout fait basculer dans notre monde. Et dans ce tunnel du confinement, alors que chacun est privé des autres, que chacun ne peut plus partager avec les autres les visions d’étoiles que seul offrent le concert ou l’art vivant, voici que, pudiquement, le Quatuor Manfred nous annonce son retrait définitif.

Tremblement de la terre culturelle. Séisme fractal de belle ampleur, dans une sorte de silence effroyable dans lequel est plongé ce monde, et Dijon d’abord. Oui, Dijon où ce quatuor mondialement primé (prix mondial à Bannf au Canada, prix européen à Genève) avait réussi à se fixer grâce à Jean-Louis Gand, alors directeur du conservatoire de Dijon, qui avait offert aux quatre artistes un poste de professeur.

Jouant dans les plus grands festivals, les quatre Manfred – qui ont certes dû changer trois fois d’altiste – n’ont cessé d’aborder les plus variés des répertoires, inventant Musiques en Voûtes chaque mois de septembre dans les quatre départements de Bourgogne, donnant à Dijon des intégrales de Schubert ou Mozart, flirtant avec la musique de cabaret, de film ou de jazz, éblouissant les publics de leur virtuose sensibilité,…

Ceux qui vivaient mieux grâce à eux

Jamais on ne put un instant penser que tout cela s’arrêterait ainsi, au pire moment de la fringale musicale que chacun ressent en mélophile confiné. Marie Béreau, Luigi Vecchioni, Emmanuel Harratyk et Christian Wolff continueront certes d’enseigner et de former quelques successeurs mais cette page qui se tourne fait mal, très mal, à tous ceux qui – plus innombrables qu’on ne l’imagine – vivaient mieux grâce à eux.

Ils nous quittent par un communiqué d’une rare pudeur et d’une infinie délicatesse mais ils ne nous oteront pas de l’idée que le satanique covid a dû hâter leur décision, tant économiquement que musicalement.

Ils nous disent merci. ..

Mais ne devrions-nous pas nous mobiliser pour ne pas les laisser partir ainsi ?

Michel HUVET