mardi 21 août 2018

PUISQUE JE VOUS DIS QUE TOUT VA BIEN !


 « On ne vous lit plus beaucoup en ce moment » me disent de nombreuses personnes en cet été où la canicule gonfle bien malencontreusement les cerveaux, très rétrécis par les réseaux sociaux.

Dificile de se mêler à la torpeur que provoquent les stupides fake-news, les noyades dans les piscines de luxe, les baisses de la CSG, les ponts qui s’effondrent faute d’entretien, les touristes affolés par les tremblements de terre survenus pendant leurs lointaines escapades de riches bourgeois, les navrantes sorties de vieux politiciens essoufflés et qui avancent comme des canards sans tête.

Avignon en "in" 

Heureusement, il y a l’art, le livre, le théâtre, les concerts. On revit en Auxois, en Châtillonnais, en Saint-seinois – pas à Dijon, il n‘y a rien – et même en Avignon où la chaleur et les cigales ont quand même parfumé des rencontres que ne sont pas parvenus à troubler les écervelés supporters du mondial de football. L’actualité est sur toutes les scènes, mais cette fois l’esprit critique est satisfait.

Avignon : sortie de la gare 
Des Sentinelles qui gardent des postes frontières absurdes aux DRH déjantés qui rendent ridicules les emplis proposés (Boxons) en passant par les Liaisons dangereuses d’un Laclos très actuel ou cette Ascension (politique) de deux énarques très contemporains, voilà qui vous remet l’esprit en place et vous rend l’âme désaltérée. De là, on s’en vient déguster un jus de pomme bio chez les Zuns’possible de Chamesson, on va se délecter d’un peu de Bach à Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine, on relit le Juste ciel d’Eric Chevillard et quelques Pensées de Pascal et je vous jure que tout va mieux.

Inquiétude rampante

Il n’en demeure pas moins que l’inquiétude est là, rampante mais réelle, au vu des femmes battues ou harcelées, des victimes d’incendies de forêt pas tous dûs au réchauffement climatique, des églises profanées, des bateaux de migrants qui coulent tandis ques passeurs s’enrichissent, des turpitudes diverses et variées qui jouent avec le feu nucléaire comme un enfant avec un cerf-volant.

Mais je vous répète que tout va bien .

Michel HUVET



vendredi 6 avril 2018

JACQUES BAZIN : LA "LIB DE L'U" C'ÉTAIT LUI

(Photo Savoirs inédits)
Il est parti dans une discrétion totale, lui le "petit frère des pauvres". Jacques Bazin eut mérité un peu plus que ce silence assourdissant. Il avait plus de 90 ans, et vivait encore au milieu de ses livres, dans son appartement de la rue de la préfecture, à Dijon.

C’est pourtant cet homme qui avait, dans les années 70, fondé à Dijon une librairie, dite "de l’Université", qui allait devenir une des premières librairies de France, "juste après le Furet du Nord à Lille", disait-on. En fait, ce fut un véritable centre culturel : jamais on n’avait vu, sur quatre étages, autant de section livresques, et chacun y trouvait d’autant mieux son compte que se relayaient ici les plus grands auteurs (surtout ceux du Seuil) et que, dans le beau caveau, se tenaient des séances qui dépassaient en intensité les "guillemets" qu'ouvrait Bernard Pivot à la télévision.

Indifférence... 

Jacques Bazin avait commencé par une petite librairie sise à côté du cinéma ABC, rue du Chapeau Rouge, et c’est après le rachat de la maison de jouets Bouet qu’il s’installa rue de la Liberté pour une aventure extraordinaire que ne surent pas poursuivre, après lui, les différents propriétaires et qui s’éteignit il y a quelques années : une épicerie bio prit lieu et place de la librairie…

Modeste, effacé, érudit d’esprit et humble de coeur, Jacques Bazin oeuvra discrètement pour les plus pauvres. Je sais qu’il souffrit beaucoup, en 1986, de la prise d’otages que subit, au Liban, son gendre journaliste (reporter de guerre) Philippe Rochot, je sais aussi que ne l’aurait pas surpris la quasi-indifférence qui a suivi son décès, au lendemain de Pâques.


Michel HUVET