mardi 7 juin 2016

LE LAOSTIC À SAINT-VORLES : MIRACLE VOCAL

Miracle dominical : en ces temps de malaise social, d’intempéries, d’inondations, de deuils et de soucis, rencontrer le Laostic relève effectivement de l’invraisemblable. La bernardine église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine impose sa paix avant que François Tainturier ne lance sous les voûtes les premiers répons du X° siècle avec les voix quasi instrumentales de ses choristes aguerris.

D’abord stupéfait, l’auditeur s’abandonne petit à petit à cette paix qui le revêt soudain, dans le parfum d’une polyphonie ornée d’Hildegarde von Bingen, et avant que ne s’assombrisse la monodie médiévale grâce aux polyphonies à la quarte. On est enfin en paix, tout peut se dire et s’entendre, on est en l’an 1300, la musique nous est donc contemporaine et le Laostic révèle en quoi il est – depuis quarante ans – absolument unique dans le genre !

L’ensemble "amateur", qui a conquis les plus hauts sommets des festivals prébaroques – Conques, Bruges, Cordes-sur-Ciel, Silvacane, Sénanque, Fontenay –, est au-delà du professionnalisme : dans le partage. Le public chante et répond en choeur, jeunes et séniors à l’unisson, d’autant que le Laostic a précédé ce concert d’une intrusion pédagogique dans les écoles châtillonnaises et que François Tainturier n’a pas son pareil pour conquérir par ses mots et son ton les publics les moins avertis.

Et cela fait donc quarante ans ou presque que ce miracle se produit, que la paix gagne les coeurs des participants (on ne peut plus dire les auditeurs), et que ce répertoire dit "ancien", qui culmine in fine avec l’Ave Maria de Byrd (XVII° déjà !) après avoir traversé les polychoralités et autres hoquets de l’École de Notre-Dame, impose son évidente transcendance sonore.

Michel HUVET

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