dimanche 22 décembre 2013

CÔTE-D'OR REDÉCOUPAGE : LES SDF DE LA POLITIQUE



Infographies IGN-Ministère Intérieur



La guéguerre politique en perspective des élections municipales se passe pour l’essentiel à coups de communiqués. Champion toutes catégories du genre : le président du conseil général. Pas un jour sans communiqué. Chaque décision est l’objet d’un envoi, comme chaque vote d’une loi. Il faut dire que l’opposant UDI ne supporte aucun acte de la majorité, pourfend toute décision de Matignon, s’insurge contre chaque acte présidentiel, et poursuit inlassablement sa guerre pour la défense des territoires ruraux, gravement menacés, selon lui, par le redécoupage cantonal. C’était la suite logique de l’appel de Vitteaux, lancé l’été dernier.

Or quoi ? Est-ce que rester dans le statu quo cantonal va mieux sauver les territoires ruraux ? Si tel était le cas, on s’en serait aperçu plus tôt, non ? Et même s’il est navrant de voir que le nombre d’habitants devient prépondérant par rapport à celui des hectares, s’il est désolant de voir le canton de Châtillon-sur-Seine s’élargir au point que deux conseillers départementaux feront des kilomètres pour défendre leurs mandants, s’il est certain que dans certains cas la parité exigée va créer de sacrés conflits au sein même des partis, on ne voit pas se dessiner là-dedans le moindre espoir pour le monde dit rural.

Il se dit donc que ce redécoupage est l’oeuvre souterraine de François Rebsamen. Lui, le “duc” de Bourgogne, répond avec malice dans Dijon l’Hebdo : "Notez qu’à Dijon, on aurait pu faire sept cantons. Il y en aura six pour une ville qui compte 155 000 habitants. Dans le Châtillonnais, on peut le regretter, ce sera un canton pour 110 communes. Un canton pour à peine 20 000 habitants… Un canton avec un homme et une femme. C’est peut-être ça qui gêne la droite. François Sauvadet mène une campagne politique sur le sujet. C’est son droit".

Il ajoute ceci, comme on enfonce un clou : "Mais la vérité, c’est que le découpage électoral est la conséquence de ce qu’il avait précédemment voté, à savoir le conseiller territorial entraînant la suppression des cantons. Cette disposition annulée, il a fallu recréer des cantons en tenant compte de paramètres fixés par la Constitution, notre cadre de vie commun, qui précise en la matière que les écarts de population ne peuvent pas être supérieurs à 20 % en moins et 20 % au dessus de la moyenne. Le Conseil constitutionnel l’a redit. Ce qui fait un écart de 40 % entre le rural et l’urbain. J’avais proposé au Sénat 30%. L’UDI n’a pas voulu suivre ma proposition". Comme disait Molière : et voilà pourquoi votre fille est muette…

Tout ceci pour dire que ce qui intéresse les politiques n’est pas tant le monde rural que leur propre sort. Pourquoi croyez-vous qu’Emmanuel Bichot tente à Dijon ce qu’il sait perdu à Saint-Romain ou qu’Alain Houpert quitte Salives pour Dijon ? Et pourquoi François Sauvadet fait-il tant de bruit en ce moment si ce n’est qu’il sait devoir, après mars, perdre son canton, sa communauté de communes et que, député en déshérence, il sait que son devenir départemental est bouché ? Du coup, faire parler de soi est utile quand on sait que, derrière les élections européennes de juin, se profilent des élections sénatoriales “new style” et que le Palais du Luxembourg apparaît comme un refuge cinq étoiles à tous les SDF de la politique.

Voyez combien tout est, là aussi, bien lié. La télé dijonnaise Voo TV a fait les frais de la querelle "sénatoriale" qui oppose François Patriat à François Rebsamen – tous les deux voulant rester sénateurs – tout comme l’aéroport de Longvic a fait les frais de la querelle Rebsamen-Sauvadet.


Municipales : la galette des rois

Un sacré remue-ménage au moment où, dans les villages et les petites villes, s’affûtent des listes possibles pour renverser des maires en place dont un grand nombre, sans doute lassés par tout ce cirque, annoncent qu’ils renoncent à se représenter. Ceux qui veulent se succéder à eux-mêmes regardent s’agiter en coulisses d’éventuels opposants dont ils ignoraient souvent l’existence !  Ainsi Alain Suguenot a-t-il dû être surpris d’apprendre que son opposition serait menée par un néo-beaunois, ingénieur des ponts, Jacques-Hervé Riffaut qui sait si bien s’y prendre qu’il ne parle jamais de lui ni ne critique jamais sa gestion.

Habileté qu’on retrouve aussi du côté de Châtillon-sur-Seine où tout le monde se connaît et où l’étiquette politique compte très peu : Paul Brossault a des relations à droite comme à gauche et trouble ainsi le jeu avec habileté. Pour le reste, c’est encore l’inconnu. On attend de fêter les rois pour dévoiler les noms des prétendants à la couronne municipale. En revanche, pas besoin de galette à Semur-en-Auxois, à Chenôve, à Chevigny-Saint-Sauveur, à Talant, à Saulieu, à Montbard, à Nuits-Saint-Georges… Il y aurait même, dans certaines de ces villes, y compris Dijon, concurrence exacerbée sur les mêmes chemins.

Les électeurs, eux, en sont encore à éplucher leur feuille d’impôts, pas à savoir pour qui ils voteront en mars.

Michel HUVET


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